14 01 2013
#3215

Two more articles about Unground. The first deals with the show, the second is about the concert.


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Les caves du Casino
Gast Bouschet et Nadine Hilbert associent bruit politique actuel et murmures archaiques redoutables
 
Howard Philips Lovecraft était un homme bizarre, un autodidacte reclus, qui n'a jamais vraiment connu le succès littéraire. De son vivant, ses fragments de roman et ses histoires courtes étaient publiés comme des romans de gare. Et ce n'est qu'après 1945 aux Etats-Unis, et bien plus tard en Europe, que l'on a redécouvert le travail d'un auteur qui a créé une nouvelle mythologie fantastique et fondamentalement antimoderne.  En relisant les récits de cet évrivain nocturne, on retrouve la fascination que peuvent exercer des descriptions de lieux reculés comme les déserts de glace de l'antarctique dont Jules Verne et Edgar Allen Poe avaient déjà fait les décors de récits sombres et désespérants. L'approche rationnelle des héros de ces histoires est mise à l'épreuve d'une topographie qui devient de plus en plus irrationnelle. Et cette peur de l'inexplicable, d'une menace souterraine, dont Lovecraft avait fait fil rouge de ses histoires est un point de départ pour comprendre les mises en scène de Gast Bouschet et Nadine Hilbert.
 
Dans leur exposition récente au Casino Luxembourg - Forum d'art contemporain, les artistes luxembourgeois qui vivent et travaillent à Bruxelles ont utilisé les caves de l'ancien casino bourgeois pour y installer une série de projections vidéo associées sous le titre de <em>Unground.</em> En 2010, l'éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull avait non seulement bloqué le trafic aérien international, mais les cendres du volcan avaient également transformé les glaciers islandais en paysage lunaire. Les artistes ont utilisé cet évènement pour y réaliser toute une suite d'images qui ont servi à recomposer une descente aux enfers qui mène de l'urbanité de la place financière de Londres aux sous-sols islandais. L'image d'Epinal d'une Islande comme paradis naturel s'était transformée en paysage post-apocalyptique.
 
Comme pour Collision Zone, leur contribution à la biennale de Venise en 2009, qui est actuellement visible à la rétrospective des participations luxembourgeoises à la biennale d'art au Mudam, Gast Bouschet et Nadine Hilbert associent des notions de politique et de géologie pour obtenir le sentiment profond de la synchronicité d'un bruit politique actuel et de murmures archaïques bien plus sombres et peut-être plus redoutables. Les interprétations des artistes sont originales: associer le boursicotage contemporain à une espèce de sorcellerie moderne? Pourquoi pas. Mais la chute du système, la résurgence de forces profondes qui restent incontrôlables, sont autant d'éléments d'un discours artistique qui revendique une politique plus instinctive. Celle de la subversion permanente par des moyens plastiques. 
 
La grande force des installations de Gast Bouschet et Nadine Hilbert réside dans l'orchestration des moyens du son et de l'image avec le message de l'oeuvre. Ces ensembles sont construits pour faciliter l'immersion du spectateur dans un environnement qui se déconnecte complètement de l'institution qui l'expose. En visitant <em>Collision Zone </em> au Mudam, on peut complètement oublier l'architecture surfaite du lieu. Au Casino, les caves ont un caractère pittoresque que les artistes ont pu éviter en créant un univers autonome et original qui ne reniait rien de son côté spectaculaire. Et cette force de l'esthétique chez Bouschet & Hilbert n'a rien à envier aux adjectifs exagérés de Lovecraft: elle vous entraîne dans un tourbillon visuel et sonore qui fait d'une simple visite d'exposition une expérience bien plus passionnante. 
 
(Christian Mosar, d'Lëtzebuerger Land, 11. 01. 2013)

The cellars of Casino
Nadine Hilbert and Gast Bouschet associate current political noise and threatening archaic murmurs.
 
Howard Philips Lovecraft was a strange man, an autodidact recluse who has never really known literary success. During his lifetime, his fragmentary novels and short stories were published as pulp fiction. And it was only after 1945 in the United States, and much later in Europe, that the work of an author was rediscovered who has created a new and fundamentally anti-modern fantastic mythology. When re-reading the stories of this nocturnal writer, we can discover the fascination that may exercise descriptions of remote locations such as the Antarctic wastelands that Jules Verne and Edgar Allen Poe had already used to write dark and desperate stories. The rational approach to the heroes of these stories becomes increasingly irrational. And the fear of the inexplicable and underground threats of which Lovecraft had made his guiding line is a starting point for understanding the stagings of Nadine Hilbert and Gast Bouschet.
 
In their recent exhibition at Casino Luxembourg - Forum d'art contemporain, the luxembourgish artists who live and work in Brussels have used the cellars of the old bourgeois casino to install a series of video projections entitled Uground. In 2010, the eruption of the Icelandic volcano Eyjafjallajökull had not only blocked the international air traffic, but the volcanic ash had also transformed the Icelandic glaciers into a lunar landscape. The artists have used this event to make a series of images that were used to reconstruct a downward spiral that leads from the financial, urban center of London to the basement of Iceland. The image of a pristine "Epinal" Iceland as a natural paradise has been turned into a post-apocalyptic landscape.
 
As Collision Zone, their contribution to the Venice Biennale in 2009, which is currently displayed in the retrospective on the Luxembourg participations of the Venice Biennale, Nadine Hilbert and Gast Bouschet combine notions of politics and geology in order to communicate a deep sense of synchronicity of current political noise and more archaic murmurs that are much darker and probably more threatening. The interpretations of the artists are original: to associate the contemporary stock market to a kind of modern witchcraft? Why not. But the collapse of the system, the resurgence of deep forces that are uncontrollable are elements of an artistic discourse that claims more instinctive politics. That of a permanent subversion by artistic means.
 
The great strength of Nadine Hilbert and Gast Bouschet's installations lies in the orchestration that associate sound and image with the message of the work. These ensembles are built to facilitate the immersion of the viewer in an environment that is completely disconnected from the institution which exposes the work. When visiting Collision Zone at Mudam, we can completely forget the overrated architecture of the place. At Casino, the wineries have a picturesque caractere that the artists have avoided by creating an autonomous and original universe that keeps its spectacular aspect intact. And the force of Bouschet & Hilbert's aesthetics have nothing to envy on the exaggerated adjectives of Lovecraft: they take you on an aural and visual whirlwind that transforms a regular visit of an exhibition into a much more exciting experience.
 
(Christian Mosar, d'Lëtzebuerger Land, 11. 01. 2013)
 

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Musique Live
Voyage au centre de la terre</strong>
 
Une cave sombre, froide, presque sinistre. Des gouttes d'eau qui ruissellent. Des couloirs qui résonnent sous les pas. Ici et là, des images obscures, saturées défilent. Dans une pièce, des graviers. C'est l'atmosphère oppressante dans laquelle est installé Unground, le travail vidéo de Gast Bouschet et Nadine Hilbert qui emmène le spectateur dans un monde presque imaginaire peuplé de monstres de béton, d'acier, de roche et de chair (en costume cravate). Des images inquiétants, souvent troubles, en noir et blanc, relevées par une sonorisation qui renforce un message de déviance: agressive et saccadée pour sa partie urbaine, lourde et sinistre pour les aspects plus abstraits des décors naturels. Cette mise en son est l'oeuvre de Jason van Gulick et Stephen O'Malley, qui se retrouvaient vendredi dernier dans les caves du Casino Luxembourg – Forum d'art contemporain afin de proposer une double performance permettant au public de mieux saisir les subtilités des ces sons désincarnés.
 
Proposant un jeu de batterie expérimental, Jason van Gulick détourne les sons de ses fûts et cymbales qu'il utilise par moments renversées, à la manière d'un rin gong tibétain (bol chantant d'appel à la prière). Jouant sur l'amplification de certains sons subtils (notamment le frottement de balais sur un tom) et les variations de rythme et de volume, il parvient à créer un univers sonore à la fois unique et impressionnant que l'on rattache directement à ces sons urbains, quasi industriels qui crissent tels ces ascenseurs extérieurs de la City aperçus sur la vidéo de l'exposition.
 
Si l'exercice de style de Jason van Gulick pouvait parler à un plus grand nombre, il y avait peu de concessions à espérer de Stephen O'Malley, membre fondateur d'un groupe aussi mythique que peu accessible, Sunn O))), dont le nom est tiré d'une marque d'amplificateurs (voir photo), et qui pour la petite histoire possède dans sa discographie un album live enregistré à la Kulturfabrik (La mort noire dans Esch/Alzette, 2006). En solo, le natif de Seattle reste fidèle à un son drone caractéristique de ses productions: grave, (très) puissant, lourd, distordu à souhait, sans aucune mélodie, jouant clairement sur la sensation physique d'écoute, repoussant les limites de l'audible. Si aucune des personnes présentes ne pourra oublier cette expérience de sitôt, les quatre amplificateurs qui crachaient leurs décibels dans la petite cave voûtée du Casino ont néanmoins eu raison d'une partie du public à mi-parcours. Les survivants n'avaient qu'à fermer les yeux pour imaginer un vent glacé et humide fouettant leurs joues tandis que ces sons extrêmes se réverbéraient sur les parois gelées de grottes d'un autre monde, quelque part là-bas au large, ou au centre de la terre.
 
(Sébastien Cuvelier, d'Lëtzebuerger Land, 11. 01. 2013)
 
 
 
Live Music:
Journey to the center of the earth
 
A dark cave, cold, almost sinister. Drops of water trickle. Corridors that resonate under your foot. Here and there, dark saturated pictures are displayed. In one rooms there's gravel. It is in this oppressive atmosphere that Unground is installed, the video work of Gast Bouschet and Nadine Hilbert that takes the viewer into a world populated by almost imaginary monsters of concrete, steel, stone and flesh (in suit and tie ). Disturbing images, often troubled, black and white, intensified by a sound that reinforces a message of deviance: aggressive and jerky in its urban area, heavy and sinister for the more abstract aspects of natural scenery. This sound setting is the work of Jason van Gulick and Stephen O'Malley, who found themselves last Friday in the basement of the Casino Luxembourg - Forum d'art contemporain to propose a double performance for the public to immerse itself deeper into the subtleties of these disembodied sounds.
 
Offering a set of experimental battery, Jason van Gulick alters the  sounds of his drums and cymbals that he uses at times reversed, like a Tibetan gong rin (singing bowl call to prayer). Playing on the amplification of some subtle sounds (including friction brushes on a tom) and changes in rhythm and volume, he manages to create a world of sound that is both unique and impressive as it relates directly to these urban, almost industrial sounds squealing like these external elevators that we saw in one of the videos of the exhibition.
 
If Jason van Gulick's stylistic compositions could appeal to a larger number of the crowd, there was little hope of concessions with Stephen O'Malley, a founding member of a group as mythical and inaccessible as Sunn O))), whose name is taken from a brand of amplifiers (see photo), and for the little story who has a record in his discography, a live album recorded at the Kulturfabrik (La mort noire dans Esch / Alzette, 2006). As a solo artist, the Seattle native remains true to the drone which is so characteristic of his productions: solemn, (very) powerful, heavy, distorted at will, without any melody, playing clearly with the physical sensation of listening, pushing the limits of the audible. If none of those present will ever forget this experience anytime soon, the four amplifiers spitting their decibels into the small vaulted cellar of Casino nevertheless were too much for some of the public during midterm of the set. The survivors closed their eyes to imagine a wet and icy wind that whipped their cheeks while these extreme sounds reverberated on the frosty walls of caves from another world, somewhere off, or at the center of the earth.
 
(Sébastien Cuvelier, d'Lëtzebuerger Land, 11. 01. 2013)

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