17 12 2007
#1716

SUNN live at Caves Lechapelais Paris 12th Dec 2007


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Aghartha/Back to the Caves 07

Listen to a 85 minute 192kb mp3 feed here on Radio WNE.

Live review of said such ceremony par Françoise Massacre

J’étais partie à ce énième concert de Sunn franchement sceptique, en me demandant si quelque chose de neuf allait bien pouvoir se produire sous le soleil torve des caves à champignons et gogoths de la rue Lechapelais. La dernière performance parisienne des Drone Lords dans un Point FMR blindé et sans âme avait été une jolie déconvenue, que même les renforts massifs de personnel sur scène n’avaient pas réussi à sauver de la dérive Grand-guignolesque, bien au contraire. A peine réchauffée par le cookie rance avalé sur le chemin, et nous voilà dans la file d’attente des bigots venus assister à la Grand-messe. Pendant les 45 minutes passées à se geler les fesses dehors en attendant l’ouverture des portes, on a largement le temps de remarquer que Sunn O))) draine un public composite de moins en moins chevelu : un journaliste des Inrocks, une moitié de Sister Iodine, quelques vieux visages de l’époque ou l’orga Büro faisait la pluie et le beau temps sur la scène digitale-expérimentale parisienne. Les doomsters assidus se font rares. Mais il faut dire que ce soir, les places aussi étaient rares - jauge limitée oblige - et le sésame concédé seulement aux plus rapides. Tant mieux, les caves Lechapelais semblent être l’endroit idéal pour goûter ou regoûter à la décharge sonique des encapuchonnés : la voûte en vieilles pierres suinte la crasse, le moisi et l’humidité, et mieux, la salle est à échelle parfaitement humaine. La veille, Sunn avait donné un concert au Forum de Londres devant 3000 personnes, une jauge ridiculement démesurée pour un groupe dont tout l’intérêt en live réside dans la ritualisation de la performance, la retenue gestuelle, la propagation des vibrations du son, et qui débarque sur scène éclairé à la bougie.

C’est un bouffon de cour qui ouvre le bal sans y avoir été invité par la double organisation (w-h-y.org et Fiasco System). Un improbable sosie de Stéphane Bern, lunettes 70’s et talonnettes (on se bidonne en se demandant à combien il plafonne sans), chargé comme un permissionnaire, se hisse une première fois sur scène, vasouille que le concert n’aura « malheureusement » pas lieu, ne fait marrer absolument personne, titube, redescend et disparaît une première fois dans les profondeurs obscures de la salle. On aura droit à trois apparitions absolument identiques de Queen Elizabeth avant que Port Radium alias Ludovic Poulet ne se place sur la scène saturée de Model T et d’Ampeg et n’entame son set. On se souvenait d’Autopuzzle, son premier album sorti il y a quelques années par Lionel Fernandez et Erik Minkkinen (Sister Iodine / Discom) dans la confidentialité de leur micro-label Deco et on n’avait plus suivi sa trace depuis un moment. Installation minimale (trois ou quatre cymbales équipées de capteur reliées à un laptop, frappées aux baguettes, balais ou mailloches) pour random electronica minimale, entre Jan Jelinek ou Pan Sonic pour les cliquetis et rythmiques feutrées et Fennesz pour les nappes digitales légèrement stretchées et distordues. On se laisse volontiers embarquer dans le flot des textures changeantes le temps de trois morceaux et on commence à se lasser sur le quatrième.

Après une courte pause, le public se masse devant la scène plongée dans une lumière rouge sang. On savait qu’on aurait droit aux canonnades de fumigènes désormais coutumières des concerts de Sunn, mais ce soir la fumée est épaisse comme la mousse d’une bière brune, plus flippante que le Fog de John Carpenter. Les Grimm Robes noires fendent les premiers rangs et entrent en scène, lentement (très lentement) précédées par le maître de cérémonie (on reconnait le sound man de la dernière tournée avec Earth) qui ouvre la voie avec un chandelier à 6 branches. La fumée se dissipe peu à peu et on commence à entrevoir les visages planqués sous les capuches : Stephen O’Malley et sa Travi$$$ Bean, Greg Anderson cette fois à la basse (on va comprendre notre douleur), le troisième membre permanent Thomas Nieuwenhuizen (God, Beaver) au Moog Taurus II, ce redoutable pédalier cracheur d’infrabasses, Steve Moore, pianiste de Earth, ici au trombone à coulisse, et enfin, Bill Herzog de Jesse Sykes & the Hereafter (et invité sur Altar) à la contrebasse électrique. Moore se lance dans une impro au trombone, mi-Nerfetiti de Miles Davis, mi-trompettes de la mort sur fond de décollage de drone en montée progressive. Le volume est quand même particulièrement à bloc ce soir, mais jusqu’ici, rien de vraiment surprenant. Je suis à deux doigts de me sentir complètement blasée et revenue de tout : c’est ça, drone petit, moi ça me fait rien, ah si, ça me détend… Tu parles Massacre, tu parles. Steve Moore quitte la scène, et cinq minutes plus tard, tout le monde est définitivement calmé, paralysé, soufflé, molesté par la violence inouïe des fréquences basses crachées par les amplis. De mémoire de concert de Sunn, je n’avais encore jamais ressenti une telle puissance de feu. Les vibrations sont difficilement supportables et la douleur physique bien réelle. Cage thoracique ? Ecrasée. Trachée artère ? Comprimée. Tempes ? Pilonnées. Orbites ? Pressurisées. Cloison nasale ? Décollée. Respiration ? Saccadée. Estomac ? On commence à regretter le cookie apéritif. Tympans ? Cette purée, là, à l’intérieur de mes oreilles ? Un type tombe dans les vapes. On pense à O’Malley et Anderson évoquant le massage des intestins par le son jusqu’à la nausée, voire l’ultime défécation. A l’instant présent, ce discours ne relève plus seulement de la pure hypothèse d’école. On pense qu’une guerre des sons est absolument envisageable. On regarde la scène en bois trembler, les pédales aux pieds des musiciens et les cadavres de bières échoués sur scène dériver par petits mouvements saccadés comme des poissons hors de l’eau. Il y a un côté franchement comique aussi, à voir les visages se tordre et se détordre pour essayer de paraître impassibles, les regards en coins, les expressions de malaise et de lutte figée, les corps raidis sous le poids du son. Surtout, on n’attend qu’une chose : la délivrance.

Elle arrive enfin lorsqu’O’Malley lève la main pour signaler le premier changement d’accord. On se détend un peu. Le pire est derrière nous. La suite ne sera qu’une longue et lente descente d’accords jusqu’au dénouement, avec quelques minute octroyées à O’Malley pour une petite partie de larsens, free style, le nez collé à l’ampli. Anderson en profite pour s’allonger de tout son embonpoint sous sa basse encore rugissante, pas trop loin de sa bouteille de Château Bel Air, pas trop loin de son set de pédales. Queen Elizabeth saisit l’occasion du relâchement général pour s’accorder une dernière minute de gloire éthylique sur les planches, secoue chaque bouteille pour bien s’assurer que tous les cadavres sont vides avant de se faire éjecter par O’Malley. Enfin, Steve Moore rallie ses pairs pour un final un peu long après le trauma du quart d’heure précédent.

C’était déjà évident : jamais un disque de Sunn O))) ne rendra compte de l’expérience physique du live. Ce qui l’est encore plus, c’est que la performance ne prend tout son sens que dans des conditions « extra »-ordinaires, comme ce soir, et que ce groupe n’est décidément pas fait pour écumer les vastes scènes et lieux convenus des réseaux rock traditionnels. On espère qu’il en sortira plus souvent.

...and here's some hilarious altavista babelfish translation worthy of Herr Drude himself:

I had left to this énième concert Sunn frankly skeptic, by asking to me whether something of nine were going well to be able to occur under the menacing sun of the cellars with mushrooms and gogoths of the street Lechapelais. The last Parisian performance of the Drone Lords in an armoured Point FMR and without heart had been a pretty disappointment, that even the massive reinforcements of personnel on scene had not succeeded in saving drift Large-guignolesque, quite to the contrary. Hardly heated by the rancid cookie swallowed on the way, and here us are in the queue of the religious bigots come to attend the Large-mass. During the 45 minutes spent to freeze the buttocks outside while waiting for the opening of the doors, there are largely time to notice that Sunn O))) drains a less and less hairy composite public: a journalist of Inrocks, a half of Sister Iodine, some old faces of the time or the orga Büro made the rain and the good weather on the Parisian digital-experimental scene. The assiduous doomsters are done rare. But it should be said that this evening, the places also were rare - limited gauge obliges - and the sesame only conceded with fastest. Such an amount of better, the Lechapelais cellars seems to be the ideal place to taste or regoûter with the sonic discharge of encapuchonnés: the vault in old stones oozes the filth, mildewed and moisture, and better, the room is on perfectly human scale. The day before, Sunn had given a concert to the Forum of London in front of 3000 people, a ridiculously disproportionate gauge for a group of which all the interest into live lies in the ritualisation of the performance, gestural reserve, the propagation of the vibrations of the sound, and who unloads on scene lit with the candle. It is a buffoon of court which opens the ball without y to be invited by the double organization (w-h-y.org and Fiasco System). Improbable double of Stephan Bern, glasses 70' S and heel-pieces (one bidonne while wondering how much it reaches a maximum without), charged like a person on leave, rises first once on scene, vasouille that the concert will not take place "unfortunately" not, does not do to marrer absolutely nobody, staggers, goes down again and disappears first once in the obscure depths from the room. There will be right to three absolutely identical appearances of Queen Elizabeth before Port Radium alias Ludovic Poulet is not placed on the scene saturated with Model T and Ampeg and does not start his set. One remembered Autopuzzle, its first left album a few years ago by Lionel Fernandez and Erik Minkkinen (Sister Iodine/Discom) in the confidentiality of their microphone-label Deco and one had not followed his trace any more since one moment. Minimal installation (three or four cymbals equipped with sensor connected to a laptop, struck with the rods, brushes or mailloches) for random electronica minimal, between Jan Jelinek or Side Sonic for the rattlings and rhythmic felted and Fennesz for the slightly stretchées and distorted digital tablecloths. One readily lets oneself embark in the flood of textures changeantes the time of three pieces and one starts to weary oneself on the fourth. After a short pause, the public masses in front of the scene plunged in a red light blood. It was known that one would have right to the cannonades of smoke-producing from now on usual of the concerts of Sunn, but this evening smoke is thick like the foam of a brown ale, more flippante that Fog of John Carpenter. Grimm Robes black split the first ranks and enter in scene, slowly (very slowly) preceded by the master of ceremonies (one reconnait the sound man of the last round with Earth) who opens the way with a candlestick with 6 branches. Smoke is dissipated little by little and one starts to foresee the faces funkers under the hoods: Stephen O' Malley and its TraviBean, Greg Anderson this time at low (one will include/understand our pain), the third permanent member Thomas Nieuwenhuizen (God, Beaver) with Moog Taurus II, these frightening pedals spitting of infrabasses, Steve Moore, pianist of Earth, here with the Bill, slide trombone, and finally Herzog de Jesse Sykes & the Hereafter (and invited on Altar) with the electric double bass. Moore launches out in a impro to the trombone, semi-Nerfetiti of Miles Davis, semi-trumpets of died on bottom of takeoff of drone in progressive rise. Volume is nevertheless particularly with block this evening, but up to now, nothing really surprising. I am with two fingers to feel me completely blasée and returned from all: it is that, small drone, me that does anything, ah to me if, that slackens me... You speak Massacre, you speak. Steve Moore leaves the scene, and five minutes later, everyone definitively is calmed, paralysed, blown, molesté by the violence of the low frequencies spit by the amplifiers. Of memory in concert of Sunn, I had never yet felt such a fire power. The vibrations are hard to bear and the physical pain good real. Rib cage? Crushed. Trachea artery? Compressed. Temples? Rammed. Orbits? Pressurized. Nasal partition? Taken off. Breathing? Jerked. Stomach? One starts to regret the cookie aperitif. Tympanums? These mashed potaties, there, inside my ears? A type falls into the vapes. One thinks of O' Malley and Anderson evoking the massage of the intestines by the sound to nausea, even the ultimate defecation. At the moment present, this speech does not concern only any more the pure assumption of school. It is thought that a war of the sounds is absolutely possible. One looks at the scene drink some to tremble, the pedals with the feet of the musicians and the beer corpses failed on scene to derive by small movements jerked like fish out of water. There is a frankly comic side also, to see the faces twisting and to untwist themselves to try to appear impassive, the side glances, the expressions of faintness and solidified fight, the bodies stiffened under the weight of the sound. Especially, only one thing is awaited: the delivery. It arrives finally when O' Malley raises the hand to announce the first change of agreement. One slackens a little. The worst is behind us. The continuation will be only one long and slow descent of agreements until the outcome, with a few minute granted O' Malley for a small part of larsens, free style, the nose stuck to the amplifier. Anderson benefits from it to still lengthen of all its plumpness under its low howling, not too far from its bottle of Beautiful Castle Air, not too far from its set of pedals. Queen Elizabeth seizes the occasion of the general relaxation to agree a last minute of ethyl glory on the boards, shakes each bottle for good to make sure that all the corpses are empty before being made eject by O' Malley. Lastly, Steve Moore rejoins its pars for final a little long after the trauma of the previous fifteen minutes. It was already obvious: never a disc of Sunn O))) will not account for the physical experiment of the live one. What is it still more, it is that the performance takes all its direction only under conditions "extra" - ordinary, like this evening, and that this group is definitely not made to foam the vast scenes and agreed places of the traditional networks rock'n'roll. It is hoped that it will leave there more often.

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